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Je l’ai fait. Le projet naît il y a
maintenant deux ans est bouclé. La réussite a dépassé mes espoirs. J’ai
effectué le PBP en 46h17mn alors que je m’étais fixé pour objectif 50h00
pour l’année de mes 50 ans.
Quatre jours après je peux reprendre une
vie tout à fait normale. Je n’ai plus de courbatures et je n’éprouve
plus l’envie de dormir durant la journée. Mon attention au travail peut
être soutenue. Ceci compte tenu des conditions atmosphériques que nous
avons eues me confirme que j’étais au top de ma forme au moment du
départ.
Les images fortes qu’il me reste une
semaine après.
Plusieurs images se bousculent encore dans
ma tête. Mais les plus marquantes sont les suivantes :
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La première qui me vient est celle du
départ. Deux heures avant j’ai ressenti une émotion m’envahir. Cette
émotion n’a pas généré d’angoisse, plutôt une grande joie, celle
d’être au départ. D’y être arrivé sans souci majeur et surtout
d’être pleinement confiant en moi. L’attente en première ligne n’a
pas fait monter la pression, mais a plutôt accru la concentration.
J’étais pleinement concentré sur la tâche à venir. Et pourtant
autour de moi je sentais de l’électricité. Un peu comme si nous
partions pour une cyclosportive dont le nombre des partants donnait
une importance accrue au départ.
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Il y a le premier point de contrôle à
Villaine-la-Juelle. Alors que je ne quittais pas les vingt premières
places du peloton de tête, place que je gardais facilement pendant
les 210 premiers kms, les choses se compliquèrent brusquement à 10
kms du premier contrôle. J’avais l’impression de voir ce qui se
passe lors de Paris-Roubaix et de l’approche de la tranchée de
Wallers-Arenberg. Cela se mettait à passer de tous les côtés. Cela
frottait fort. Les risques de chute se multipliaient. Je préférais
laisser passer plutôt que de me retrouver à terre ! Cette bousculade
nous la retrouvions à la dépose du vélo et à la reprise du vélo.
C’est ainsi que je pointais au contrôle aux alentours de la 50ème
place. Ce qui me contraignit à une poursuite de plusieurs kms pour
réintégrer le groupe de tête qui d’une centaine était passé à moins
de 50 participants après ce premier contrôle. C’est certainement
pour moi l’un des moments les plus intenses du Paris-Brest-Paris en
matière d’intensité d’effort. Je ne me souviens pas avoir fourni un
effort de ce type (sollicitation de la PMA) après plus de 200kms.
J’avais l’impression que les cuisses allaient exploser.
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Il y a celle de mon équipe
d’assistance. Ils étaient comme moi novice en matière d’expérience
du PBP. De plus aucun d’eux n’étaient de culture cycliste. Ce qui ne
les a pas empêchés d’être parfaits. Ils ont été d’une efficacité
redoutable. J’ai leur visage dans ma tête. Leur sourire à chaque
point de contrôle. Leurs encouragements raisonnent encore.
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Il y a aussi l’accolade d’un ami cyclo
de Béthune, Yves Lourme, à Brest. Nous avions fait ensemble tous les
brevets qualificatifs. Et nous étions de nouveau à deux dans le
groupe de tête. Je me prenais déjà à imaginer que nous finirions
ensemble. A Brest, Yves a souhaité prendre une pause plus longue que
les 5 mn traditionnelles du groupe de tête. Ses encouragements m’ont
touché, d’autant que pour moi les trente kms avant Brest furent
difficiles.
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Il y a le retour dans la nuit et le
croisement de ceux qui sont encore sur l’aller. Des milliers
d’encouragements. Un serpent de lumière continu lors de la deuxième
nuit. C’est impressionnant. C’est dans ces moments là que nous nous
rendons compte de ce que représente le Paris-Brest-Paris.
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C’est lors de cette même nuit, un
moment de tension dans notre groupe du à des rivalités entre
participants. Suite à une attaque d’un des membres du groupe, ce
n’était pas pour rigoler, c’était un véritable démarrage comme on
peut en voir dans les courses ! une chasse très soutenue s’est
développée pendant une quinzaine de kms. Je n’ai pas pu voir les
données en vitesse et en fréquence cardiaque. Mais les sensations
qui étaient les miennes au plan respiratoire et musculaire
m’informaient que nous allions très vite, alors que nous avions déjà
plus de 800kms dans les jambes !
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La cinquième est l’accueil chaleureux
et émouvant aux contrôles de Mortagne et de Dreux. Alors que je
faisais parti du groupe de tête, deux crevaisons coup sur coup à
5kms de Mortagne m’ont fait perdre le contact avec le groupe de mes
compagnons de route. Les difficultés pour réparer, la fatigue
commençait à se faire sentir après deux nuits sans sommeil, m’ont
fait perdre beaucoup de temps. Arrivé au contrôle de Mortagne les
compagnons de route étaient repartis.
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La sixième est la standing ovation
dans le gymnase de Guyancourt à l’arrivée. J’ai le souvenir de 10
secondes de silence suivies par des applaudissements qui n’en
finissaient pas pendant plusieurs minutes. Et toutes ces personnes
autour de moi qui venaient me saluer. Je n’oublierai jamais ces
minutes.
Mon Paris-Brest-Paris en quelques
chiffres :
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1220kms en 46h17mn dont 1h40 d’arrêt
aux différents points de contrôle.
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Une moyenne de 26,4 km/h arrêts
compris et de 27,5 km/h sans les arrêts.
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Des durées d’arrêt au contrôle entre 3
et 15mn
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C’est prêt de 65h00 sans sommeil entre
le lundi matin 7h00 (heure du lever) au mercredi soir 23h30 où
sortant du restaurant à Guyancourt, je me suis assis dans la voiture
et où je me suis endormi de suite.
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18 bananes
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Deux paquets de mini-mars
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16 bouteilles de 200ml d’alimentation
liquide complète.
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15 pâtes de fruit
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15 gâteaux énergétiques
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14 tranches de pain d’épices
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6 petits pains au chocolat
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Deux paquets de gaufres à la vergeoise
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20 tube-dosettes de glucose
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1/3 tube de granules d’Arnica, de Ruta
et de Rhus (homéopathie)
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2 cafés
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30 litres d’eau + 3 coca + 2 perrier
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500 Heures d’entraînement entre
novembre 2006-août 2007 à la vitesse/moyenne de 33km/h soit : 18 000
kms.
Les raisons de ma réussite.
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Au niveau de la
préparation physique. Cela fait deux ans que je me prépare à ce
PBP. La problématique qui était mienne : Comment concilier vie
personnelle, vie professionnelle et ma pratique sportive tout en
ayant pour objectif de réaliser des performances de bon niveau en
matière d’ultra-distance. Il me fallait optimiser le temps passer à
l’entraînement. C’est la raison pour laquelle j’ai mis l’accent sur
la qualité plutôt que sur la quantité. Ce qui explique la
vitesse/moyenne élevée pour cette année, mais aussi pour les années
antérieures. Concrètement, je privilégie les sorties courtes et
rapides en semaine. Les sorties longues le dimanche n’excèdent pas
les 4h00 à de rares exceptions. En matière de longues distances pour
cette année il y a eu les brevets qualificatifs (c’est là où j’ai
effectué les longues distances : 200, 300, 400, 600). Et la phase
finale de la préparation à savoir trois semaines entre mi-juillet et
tout début août où j’ai pendant les deux premières semaines fait 4
longues sorties en montagne dans les Hautes-Alpes. Il s’agissait de
sorties de 7h00 à 9h00 tous les trois jours avec des dénivelés entre
3500 et 5000m. Puis sur quatre jours dés mon retour dans le Nord,
j’ai effectué seul fin juillet début août 1170 kms en 40h00. A
l’issue de ces trois jours et demi sur le vélo passer sans problème
particulier, j’étais confiant. Après quoi ce fut repos pendant trois
jours, puis jusqu’au PBP des sorties d’une heure tous les jours avec
de légères phases d’intensité tous les deux jours pour dire de faire
un rappel.
Lors
de l’année 2006, j’avais posé un objectif intermédiaire. Il s’agissait
de participer au RPE. Epreuve que j’ai terminée à la 14ème
place en 27h00. J’ai su que je pouvais passer plus d’une journée sur le
vélo sans problème.
Je n’ai pas fait de
coupure d’entraînement depuis quatre ans. Par coupure j’entends une
période de plus de deux semaines sans entraînement. J’ai privilégié les
micro-coupures de 3 à 7 jours plusieurs fois dans l’année en fonction
des besoins familiaux et professionnels ainsi que des nécessités liés à
l’entraînement. Il me semble que les coupures longues ont du sens à
condition d’avoir des saisons qui amènent à une fatigue importante. Pour
ma part ce n’est pas le cas compte tenu que je fais très peu de
compétitions dans l’année (3 à 4 cyclosportives) et une épreuve ultra /
an depuis deux ans. Cette année je n’ai fait que les brevets
qualificatifs et le PBP. L’exploitation des micro-coupures me permet
d’éviter les phases de desentraînement.
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La préparation mentale.
Certainement un des éléments clefs de la réussite en longue
distance. J’en suis arrivé à rouler dans un état proche de la
relaxation. C'est-à-dire que je suis dans une sorte de bulle
mentale, où je suis alors en prise directe avec mon corps et mes
pensées. C’est un état ou paradoxalement bien que centré sur moi, je
suis très disponible aux événements extérieurs. C’est une sorte de
fluidité mentale. Lors des moments difficiles, je me centre sur cet
état ce qui m’amène à réguler la respiration et à être le plus
économique possible dans le geste du pédalage. Cet entraînement
mental, je le pratique sur le vélo, mais aussi en dehors lors des
phases de relaxation que je m’octroie dans la journée ou le soir. Ce
sont des temps brefs de quelques minutes.
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Le suivi par l’ostéopathe.
Depuis deux ans et ce au rythme d’une fois tous les deux mois
j’allais chez l’ostépathe. Les rendez vous étaient articulés avec
les périodes d’entraînement.
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Utilisation de la Phytothérapie.
En matière d’alimentation, je n’avais pas de cadrage particulier, si
ce n’est que je visais à équilibrer mon alimentation. C'est-à-dire
manger de tout. Cependant je n’ai pas hésité à exploiter la
phytothérapie. A savoir des cures de gelée royale, eleutherocoque,
ginseng, spiruline, harpadol etc…
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Merci à Raymond Barbry




La gestion des moments difficiles.
Durant l’épreuve et comme tout un chacun
j’ai rencontré des moments de facilité et des moments difficiles, voire
très difficiles. Je ne m’étendrai pas sur les moments d’aisance. Si ce
n’est qu’ils surprennent. C’est par exemple lors de la deuxième nuit
alors que je gravissais une côte assez longue en tête du groupe, le fait
de me retrouver seul en haut de la côte, de ne plus voir mes compagnons
de route à mes côtés, de me retourner et de constater que le groupe
était à plus de 200 mètres. Ces moments on souhaiterait qu’ils se
prolongent, mais ils sont en alternance avec d’autres qui nous poussent
à aller chercher profond nos ressources. Les photos prises par mon
assistance lors des temps d’arrêts aux contrôles en disent longs quant à
l’état qui peut être le nôtre dans ces moments là. Voici quelques uns de
ces moments plutôt délicats où il importe de rester calme, d’être à
l’écoute de ses sensations et de rester pertinent quant à l’analyse de
la situation.
Jusqu’au 500ème kms je n’ai pas
eu de souci particulier. C’est à partir du contrôle de Carhaix et alors
que nous avions abordé le secteur très vallonné que j’ai eu des
difficultés à avaler du solide. Il n’y avait plus que les tubes de
glucose qui passaient et l’aliment complet liquide. L’arrêt prolongé de
15mn au retour sur Loudéac (775ème kms) m’a permis de manger
de nouveau du solide. Je me souviens m’être jeté sur un paquet de
gaufres vergeoise après avoir ingurgité un verre de boisson gazeuse et
un coca.
Par la suite en alimentation solide ce
sont les bananes et les mars qui passaient. Je n’avais plus envie de
pâtes de fruit et de gâteaux énergétiques.
Ce qui est marquant ce sont les envies de
certains aliments. Pour ma part à l’issue de la deuxième nuit, je rêvais
à des petits pains au chocolat et à du café. C’est ainsi qu’à Mortagne,
l’équipe d’assistance m’avait préparé trois petits pains au chocolat que
j’ai trempés dans du café. Un vrai régal. Puis c’est une envie de fruits
(nectarine et abricot). C’est ainsi que pour l’arrivée j’ai demandé à
l’équipe d’assistance de me trouver ces fruits. J’ai bien mangé 5
nectarines dans les 20 minutes qui suivirent l’arrivée.
Mentalement je m’étais préparé à passer
deux nuits sans sommeil. Mais je ne savais pas comment cela allait se
passer dans la réalité. J’ai été surpris en bien, d’autant que j’avais
envisagé si nécessaire de faire des sommeils « flash » de 20 à 30 mn
lors de la deuxième nuit.
Par deux fois j’ai été pris de sensation
de sommeil, bâillement, clignement des yeux. A chaque fois vers les
5-6h00 du matin. Ces envies de dormir n’ont duré qu’une trentaine de
minutes. Le fait d’être dans le groupe de tête a du participer à
entretenir mon état de veille.
La dernière heure m’a semblé la plus
longue. Il me devenait difficile de maintenir un bon positionnement de
tête !! Les muscles du haut du dos étaient très tendus. Freiner augmenté
la tension de ces muscles. Ce ne sont pas les arrêts fréquents (toutes
les 15mn) pour les étirer qui pouvaient me soulager durablement. C’est
d’un massage que j’aurais eu besoin. Je l’ai eu une fois l’arrivée
franchie. Les trombes d’eau que nous avons eues sur la fin de l’épreuve
ont participé à durcir les muscles de la nuque et du dos
Conclusion
Une semaine après je n’en reviens toujours
pas de ce que j’ai réalisé. Je ne me pensais pas capable, à l’âge qui
est le mien 50 ans, faire une telle performance surtout dans les
conditions qui furent celles de ce Paris-Brest-Paris. J’en conclus que
nous disposons d’un potentiel que nous ne connaissons pas. Ce sont des
expériences un peu extraordinaires qui permettent d’aller explorer cette
partie de nous. C’est l’intérêt que je trouve à ces épreuves un peu hors
norme de l’ultra-distance. Alors quel projet maintenant ? Le RPE, c’est
fait, et j’y retournerai bien l’an prochain pour préparer, je l’espère
mais ce n’est encore qu’un désir ce n’est pas de l’ordre du projet, à
une échéance de deux ans (2009) une des deux épreuves ultra les plus
longues du monde : la RAAM (4800 kms) traversée des EU d’ouest en est.
C’est l’épreuve ultime du cyclisme ultra-distance ou plus prêt de nous,
le tour ultime (4100kms). Mais s’engager dans un tel projet nécessite un
investissement humain et financier beaucoup plus conséquent que celui
mis en œuvre ces deux dernières années.
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