Tour de France Randonneur par Eric... et Zara.

Zara, fidèle compagne canine d’Eric Desmette, sociétaires du C.T. Antoing, avait déjà un Paris-Brest-Paris et quatre Diagonales de France à son actif.

En 2012 c’est le Tour de France Randonneur de l’U.S. Metro qu’elle a bouclé.

01) Zara, une attendrissante Jack Russel de 6 ans, habite au numéro 45 d’une rue pittoresque d’Antoing.

Son maître, Eric Desmette, est un extraordinaire randonneur de 51 ans qui ne roule jamais sans Zara.

A cet effet il a aménagé un bac confortable à la place du sac de guidon. De là, Zara dirige la manœuvre.



02) Le Tour de France Randonneur c’est 4900 km à boucler librement en moins de 28 jours tout en récoltant 61 cachets de contrôle dans autant de villes désignées.

Ainsi parle Zara :

« Prenez place dans mon mirador, ouvrez bien vos mirettes, laissez-vous guider et partagez avec moi les 4900 km de notre « Tour de la France » : joie, souffrance, aisance, détresse, quiétude, bobos et bonne chair …

03) Avec moi Zara emportée par la pédalée d’Eric, l’équipe « Zaric » s’élance de Saint Amand les Eaux pour un grand Tour que l’on a l’intention de boucler en 23 jours (soit une moyenne de 210 km par jour!) en tournant dans le sens des aiguilles d’une montre.

Nous voilà partis vers les Vosges dans l’est français.



04) Comme le racontera plus tard le « Capitaine Déroute » sur le site des CycloTouristes d’Antoing au lendemain d’une projection de 600 photos devant 90 amis de Zaric :
«Chacun se positionnait à la place de Zara à l’avant du vélo pour connaître des circonstances invraisemblables, des moments extraordinaires ou insolites et d’autres tragiques ou douloureux … »

Soit, foi de Zara, ce que nous avons vu, vécu et vaincu !

05) Je vais insister sur ce qui m’a particulièrement touchée. Ainsi les rencontres amicales qui ont agrémenté et enjolivé notre périple.

Au matin du 1er jour, notre bon ami Olivier Ducoin, restaurateur à Trélon avait tenu à ce qu’on le salue en passant.

Premier moment d’émotion à l’aube de note grand périple.



06) Autre émotion quand nous nous sommes trouvés face à une route barrée et avec une déviation imposant un supplément de 10 km.

Apitoyés, les travailleurs ont consenti à nous laisser passer et même se sont proposés pour porter le vélo au-delà du chantier.

Hip hip hip, Wouah wouah !

      Premières montagnes

07) A raison de 210 km par jour, on avance! Déjà dans les Vosges, souvenir du col des Bagenelles.

En fait simple témoin des autres cols qui embellissent les crêtes vosgiennes jusqu’au Grand Ballon.

P.S. Vous allez voir que c'est rarement moi qui prends la photo ... parce que celui qui prend les photos ... est rarement dessus!



08) Le parcours tracé avant de partir prévoyait de passer par la célèbre commune de Morteau, dans le Doubs, mondialement connue pour sa saucisse.

Inévitable arrêt devant la vitrine d’une charcuterie.

09) L’occasion pour moi d’améliorer ma traditionnelle platée de croquettes.

Et pour le maître de garnir au mieux son énorme sandwich.

Les kilomètres à vélo nous ouvrent l’appétit.



10) Et que dire du besoin de repos au soir de chaque étape ?

Compte tenu du dicton prétendant qu’un « Tour de France se gagne au lit » … je suis la première à m’y affaler !

11) Après quoi on se lève frais et dispos pour de nouvelles étapes montagneuses même si certains cols jouent les modestes comme ce col du Marais (843m) au-delà de Thônes … en Haute Savoie.

Ce qui me dispense d’y poser les pattes … et de marquer mon territoire.


      Hautes Alpes


12) Les choses se corsent avec le col du Télégraphe à l’entame d’une étape mythique qui nous fait grimper ensuite le Galibier avant l’Izoard.

Moi j’ai pris soin de garder mon maillot de club avant de descendre sur Valloire.

13) Arrêt dans la descente du Galibier qu’on a gravi … à faible allure mais sans mettre pied à terre.

Au bistrot du col du Lautaret je suis l’attraction d’une joyeuse équipe de grimpeurs Colombiens.

A croire que, comme bien d'autres, ils n’avaient jamais vu un chien à vélo !



14) Les Alpes avec ses cols de légende, comme Izoard, Vars et La Bonnette étant franchis nous en terminons avec le pittoresque col de Turini.

Là c’est un hôtel-restaurant très heureux de nous recevoir que nous abordons : ce jour, nous sommes les seuls clients de l’établissement.

      Au quart de Tour

15) A l’entame du huitième jour, ayant terminé le côté est de l’Hexagone, nous prenons un virage brutal pour attaquer la partie sud qui, au milieu des splendeurs, va virer au drame.



16) Pour le moment profitons des derniers moments d’altitude pour se rafraîchir les pattes et les pa-pattes dans des restants de congères.

17) A Vence, vu notre harnachement, ces cyclos nous ont salués comme collègues randonneurs.

Mais stupeur au vu de notre plaque de cadre « Tour de France N° 1929 » : « Nous aussi nous allons partir pour la Grande Boucle. Ce sera la semaine prochaine … avec les N° 1930 et 1931. »

Amusante coïncidence.



18) Plus loin, à l’étape de Rians, ce qui aurait pu passer pour une mauvaise plaisanterie s’est transformé en vrai bonheur.

Le couple hôtelier qui, ayant oublié notre réservation, ne pouvait nous héberger s’est racheté en nous logeant chez des particuliers sympathiques : une soirée inoubliable !

19) Pas de quoi cependant nous faire oublier la journée caniculaire du lendemain.

Vite dans la rivière bien fraîche.

Mais attention de ne pas se marcher sur les pieds-pattes !



20) Coup de « blues » ! L’envie de rentrer à la maison, de respirer le bon air d’Antoing, et de rouler tranquillement une Picarde … !!

Il paraît que cela arrive à tout grand voyageur.

Alors je n’aurai pas trop d’un bon et gros câlin de mon mémette qui me dit qu’on est un tandem et que je dois encore le guider…

      Moments d’humanité

21) Bon pour le moral, à Eyguières (Bouches du Rhône) notre tandem goûte à l’air du pays avec une visite programmée chez un collègue de bureau en vacances.

L’occasion d’échanger un surplus de bagages contre une provision de croquettes.

Je préfère en effet celles des magasins Colruyt, introuvables en France !



22) Grand moment de détente sur les bords de la Grande Bleue.

Il fait beau, tout va bien pour nous, même si mon pédaleur se plaint du vent toujours contraire et de la chaleur accablante.

23) Grand fou rire quand nous sommes pris pour des « extra-terrestres » par ce trio de cyclos parisiens en vacances du côté de Tuchan, dans les Corbières :

« Quoi, vous faites le Tour de France à deux sur le vélo ? Avec des étapes de plus de 200 bornes pas jour ? Ce n’est pas croyable ! »



24) Les choses redeviennent sérieuses avec le relief des Corbières qui oblige à un combat incessant, même si l’altitude du col de la Bataille (265m) est des plus modestes.

25) A Prades, donc aux pieds des Pyrénées, rencontre pleine de charme ( ?) avec cette brave vendeuse de fruits sollicitée pour de l’eau dans nos bidons.

Non seulement l’eau était bien fraîche … mais les fruits nous furent offerts !


      Funeste et dramatique


26) Tout allait trop bien, malgré nos petits malheurs ? Nous sommes à la veille d’une grande souffrance quand nous retrouvons notre grand (et irremplaçable !) ami Paul-Emile, dit Pilou.

Motard invétéré et bricoleur de génie puisque c’est lui qui a fabriqué et installé mon bac, Pilou vient de traverser la France à moto pour nous rejoindre à l’étape de Montlouis.

Rendez-vous est pris pour se retrouver à l’hôtel.

27) Or Pilou n’est jamais arrivé à l’hôtel de Mont Louis, aux portes d’Andorre. La moto l’a emporté dans une chute mortelle inexplicable …

Temps d’arrêt dans notre Tour de France. Puis reprise malgré (ou à cause de …) une terrible émotion.

Recueillement au lieu même du décès de Pilou …



28) Qu’elle fut triste, comme le ciel matinal, la reprise de notre périple à l’heure du franchissement du col de Puymorens, culminant à près de 2000 m !

29) Au cœur des Pyrénées avec une ardeur décuplée, on décide de boucler notre Tour en pensant à l’ami qui a perdu la vie en voulant nous aider !

En Ariège, le col d’Agnes 1570m), succèdant au port de Lers (1517m) aux rudes pourcentages, nous en fait voir de toutes les couleurs.

La montagne est si belle, si difficile et si cruelle !


      Problèmes d’intendance


30) Au pied du col des Ares (797m), je ne sais pas ce qui m’a pris en voyant la belle pelouse autour d’une belle propriété privée…

J’ai couru pour aller y lever la patte et m’y soulager !

Fureur du propriétaire et plates excuses de mon mémette !

31) Toute penaude j’ai repris ma place dans mon bac après avoir promis de ne plus recommencer, même si je ne regrette pas vraiment d’avoir fait enrager le proprio.

Pour me faire pardonner j’indique le chemin : « C’est tout droit ! »



32) Patatras au cours l’étape mythique des Pyrénées qui fait enchaîner les cols de Peyresourde, Aspin, Tourmalet et Aubisque …

Eclatement de la roue arrière et chute en pleine descente du col d’Aspin.

Moi, un peu groggy, je n’ai rien de grave. Courageux Eric nous remettra en route et ira se faire soigner de profondes éraflures dans une pharmacie.

Mais, heureusement, rien de cassé même pas au vélo.

33) Les photos sont plus rares jusqu’à cette mémorable (et interminable) soirée dans notre gîte des Sables d’Olonne.

Le couple des propriétaires avait réuni les deux couples de logeurs pour le repas du soir.

A table il n’a été question que de notre tandem Zaric … et de nos exploits !



34) Les louanges humaines sur mon sort canin ne me laissent pas de marbre mais au terme d’une étape de 210 bornes je n’ai pas résisté à la fatigue.

J’ai salué tout le monde et suis allé me coucher, moi.

      Cap à l’Ouest

35) A ce moment nous en avons fini avec les tourments montagneux.

Il nous reste à longer la côte Atlantique avant la Mer du Nord. Donc à contourner la Bretagne et la Normandie en passant par la presqu’île du Cotentin.

Ce qui sera fait dans la dernière semaine.



36) Un peu voyeuse, je suis allée, sans maillot, faire un tour sur la plage vendéenne dans l’espoir d’y rencontrer quelque teckel.

Petite pensée au Patapouf des albums de Martine chers aux Tournaisiens.

37) En Bretagne, dans le port de Pont l’Abbé, nous sommes interpellés : « Hello ! I remember you last year to Paris-Brest-Paris ! »

Voilà que ces deux jeunes Britanniques nous reconnaissent pour avoir roulé à nos côtés dans le Paris-Brest-Paris !

Salutations confraternelles.



38) Du côté de Morlaix nous faisons un détour d’une trentaine de bornes pour aller voir l’ami Francis Deulin, sociétaire des Cyclotouristes d’Antoing, en villégiature à Perros-Guirec.

On parle du Tour mais aussi du pays tout en éclusant quelques Leffe.

39) Ce soir là je me tiens à ma place, sur la moquette.

D’ailleurs je suis de garde pendant la douche de mon maître.

Sachant qu’il est trop beau, fort et bon, pas question qu’une maîtresse vienne me le prendre !



40) L’ancien randonneur douaisien Francis Swiderek a désormais élu domicile en Bretagne, à proximité du château de Bienassis. Comme tout bon cycliste!.

On le connaît d’autant mieux qu’il est (grand) Diagonaliste de France et président de l’Amicale des Diagonalistes de France.

      Rush final

41) Aux abords de la Mer du Nord nous avons la certitude que plus rien de fâcheux ne peut nous arriver.

Cependant les trois dernières étapes, de plaines toutes relatives, sont de 250 km conformément au programme d’avant départ.



42) En bons "cyclos toutou" que nous sommes, dernière escale touristique à l’entrée du port du Havre.

Ceci après le franchissement du Pont de Normandie qui s’est révélé moins horrible que le Pont de Saint-Nazaire où le vent soufflait de côté.

43) Dernière bonne rencontre avec logement chez des amis au petit village d’Houdetot, près de Saint Valéry en Caux (Seine Maritime).



44) Nous suivions un planning établi avant départ et placé sous les yeux du pédaleur.

Voici l’exemple de notre 23e et dernière étape Wimereux-Antoing (211 km) : Il faudra faire apposer les 7 derniers cachets sur notre carnet à Wissant (C 58), Bergues (C 59), Carvin (C 60) et Saint-Amand les Eaux (C61) surlignés en jaune.

Le vert rappelle qu’il nous faut poster une carte de contrôle à Carvin et à …

      Thermes à Saint Amand les Eaux

45) J’aurais bien voulu poster la carte de contrôle finale à Saint-Amand les Eaux, terme de notre Tour.

Mais Michel Moulin et Michel Garson, nos bons président et secrétaire du CT Antoing … ont tenu à le faire à ma place.



46) L’émotion d’en avoir terminé avec ce grand Tour de la France se transforme en liesse populaire car nombre d’amis sociétaires antoiniens nous ont escortés jusqu’à la maison, à Antoing.

47) Puis les retrouvailles familiales entre Elisa et Alicia, les grandes filles d’Eric qui sont un peu … mes grands sœurs, non ?



48) Vous me direz que c’est Eric qui a tout pédalé ? Moi je vous dis qu’il ne serait pas parti sans moi.

Alors on a plein de choses à se raconter et à raconter aux autres.

Je retiens les chiffres de 4904 km en 23 étapes et 54694 m d’élévation, mais ces chiffres contiennent tellement d’émotions qu’on ne finit pas d’y penser et d’en parler. »


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